Parole d’autres

Parfois, quand je lis, il se passe quelque chose. Un accord, une empathie avec le texte et son auteur. Alors je reviens en arrière et j’en profite à nouveau. Par peur de perdre ces extraits, j’ai décidé de les recenser ici, sur cette page. En espérant qu’ils vous feront la même chose qu’à moi.

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Romain GARY – Les racines du ciel

« La décence : une chose évidemment sans grandes ambitions, sans génie, sans possibilités grandioses, mais quand même un tournant devant lequel l’humanité eût dû hésiter plus qu’elle ne l’avait fait. »

François-René de CHATEAUBRIAND – Mémoires d’Outre-Tombe

« Mais le cœur de Lucile ne pouvait battre que dans un air fait exprès pour elle, et qui n’avait point été respiré. Elle dévorait avec rapidité les jours du monde à part dans lequel le ciel l’avait placée. (…) En la contemplant, je croyais apercevoir dans Lucile toute mon enfance, qui me regardait derrière ses yeux un peu égarés. La vision de douleur s’évanouit : cette femme, grevée de la vie, semblait être venue chercher cette autre femme abattue qu’elle devait emporter ».

Louis-Ferdinand CELINE – Voyage au bout de la nuit

« Si les gens sont si méchants, c’est peut-être seulement parce qu’ils souffrent, mais le temps est long qui sépare le moment où ils ont cessé de souffrir de celui où ils deviennent un peu meilleurs ».

Sylvain TESSON – Extrait interview Le Point (2020)

« Pour s’extraire de soi-même, il faut un récit supérieur : de la foi, de l’amour, de la grandeur, un projet, un rêve, enfin quelque chose qui vous emporte. Autrefois, les dirigeants le savaient. Ils s’entouraient d’écrivains, d’artistes. Un beau discours peut mettre le feu aux poudres. Les Grecs : avant le combat, exaltation par le Verbe. La galvanisation par la parole, c’est Achille sur la plaine de Troie, Churchill sous les bombes, Napoléon avant la charge. L’Histoire, c’est d’abord un discours qui deviendra un récit. Quel roman ! (…) Il nous reste pour fouetter nos ressorts spirituels la défense de la laïcité et de la liberté d’expression. On essaie d’établir un récit d’adhésion avec cela, mais ce n’est pas très jouissif, avouez-le… C’est merveilleux, Charb, cela me fait beaucoup rire, je veux bien me battre pour que ses dessins continuent à être exhumés et publiés post mortem, mais est-ce aussi mystique que Dieu, le roi, la République, la Commune, l’Empire, le paradis, l’anarchie, l’ivresse privée, la liberté publique guidant le peuple, que sais-je encore, toutes ces allégeances à de grandes idées ? Souvenez-vous de l’exergue de la Jeanne d’Arc de Joseph Delteil : « À ma mère, au général Bonaparte et à la Vierge Marie ». En voilà des choses pour lesquelles se battre ! La laïcité et la liberté d’expression, certes, cela vaut le coup, mais cela ne suffit pas ».

Charlie CHAPLIN – Autobiographie

« Je compris alors ce qu’était le bonheur parfait, quelque chose de très proche de la tristesse ».

André SUARES – ? (sur Napoléon) 

« Sa plus haute vertu aura été de révéler à la masse humaine la puissance du peuple en armes, qui brûle de donner son propre idéal à tout le reste du monde »

Friedrich Nietzsche – ?

« On doit autant que possible éviter le hasard, l’excitation extérieure ; s’empirer en quelque sorte fait partie de l’élémentaire sagesse instinctive, de la gestation intellectuelle ».