L’OMPHALOS

Le Covid aura au moins eu un mérite : celui de me donner, par ses privations, le temps de mener à bien l’écriture d’un roman. Je suis donc très fier de vous présenter L’OMPHALOS, fiction écrite entre la Mayenne, le Maroc et le Sénégal (pour en savoir plus sur ces pérégrinations, je me permets de vous rediriger vers mon Journal de Bord de Scène).

Le pitch  : « Une nuit, le nombril de Jérôme se déplace. Pas de beaucoup, à peine un centimètre, soit presque rien. Mais pour un cartésien, un centimètre est pire que mille, une variable trop infime pour être ignorée. Jérôme ne comprend pas. Il a perdu l’habitude de ne pas comprendre ».

Au-delà du livre, je suis surtout très heureux de ceux qui m’accompagnent dans sa publication. Tout d’abord Forgotten Dreams , maison d’édition moderne et singulière axée sur la distribution en ligne et collaborant avec des artistes graphiques assez incroyables. Mais aussi Saint-Oma, l’artiste ayant réalisé cette splendide couverture toute en constellation ombilicale.

La sortie est prévue mi-novembre (en ligne et dans quelques librairies) mais vous pouvez précommander le roman dès aujourd’hui via CE LIEN.

Pourquoi précommander ? Tout d’abord parce que nous vous proposons des packs assez dingues avec des éditions numérotées du roman et des reproductions et dessins originaux tirés en nombre limité. Et aussi parce que pré-commander, c’est à la fois encourager la future distribution du livre et soutenir Forgotten Dreams dans sa création.

***

Et pour les curieux et les curieuses, pour celles et ceux qui prennent le risque de se perdre dans les méandres de ce blog, je vous offre ci-après, en exclusivité et en avant-première, le premier chapitre du roman :

***

Introduction.

Quelque chose a changé.

À la radio, les taureaux ont troqué leur réussite professionnelle de la veille contre de belles rencontres. Cette promesse refaisant surface pour la troisième fois du mois, aucune nouveauté n’est donc réellement à prévoir. À l’extérieur, la lumière est celle qu’on peut attendre d’un matin d’octobre ; peut-être un peu moins rayonnante que prévu mais rien de radical. Près de la porte, Chap ronfle paisiblement comme il le fait depuis maintenant presque six ans. J’actionne mes orteils. Ils paraissent lourds mais ce n’est que le poids de la couette sur leurs extrémités. Mon ventre vit sa vie, comme d’habitude. Il expérimente, ressent, crie, pleure et me le fait savoir. Mon ventre exagère. Il ne se plaint pas de grands problèmes mais de petites contrariétés ; en cela, on se ressemble. Je n’ai pas mal à la tête, mais j’aurais pu, n’ayant pas suivi cette année les séances d’orthoptie que mon généraliste avait pourtant jugé indispensables. Ça sera pour un autre matin. Ce matin semble identique aux autres. Pourtant, quelque chose a changé.

J’allume la vieille LED encastrée maladroitement dans l’ancêtre qui me sert de lampe de chevet – sa présence est d’autant plus absurde que je ne lis pas. La penderie est toujours à gauche de mon lit, la fenêtre à droite. Le plafond reste stable, la gravité de référence, le temps relatif. Une intuition m’envahit : je relève mon tee-shirt. M’observe le torse, du moins ce que j’en ai. Comme beaucoup de monde, j’ai pu céder à des impulsions de musculature, et, comme beaucoup de monde, j’ai vite lâché l’affaire, préférant m’abandonner dans le confort du gras en plus plutôt que dans la contrariété des abdominaux en moins. Mon regard descend le long du patron sagittal. J’ai appris qu’en anglais on l’appelait « sentier heureux » ; j’ai beau l’avoir évident, ça ne me rend pas particulièrement heureux. Je descends la piste, esquivant par-ci un grain de beauté, par-là une tache de naissance…

Là. Voilà ce qui a changé.

Je ne connais pas la forme de mon nombril par cœur, mais elle semble identique à mes autres souvenirs d’autoconsultation. Il ne me brûle pas et sa couleur semble « normale » ; en même temps, s’il était devenu noir dans la nuit, j’aurais probablement hurlé. Soudain, je ressens une petite contraction à droite de mon cou, comme si ce côté était plus mobilisé que l’autre. Je comprends. Mon nombril est bien centré dans mon champ de vision, c’est mon champ de vision qui n’est pas droit. Il est légèrement décalé, de quelques degrés à peine vers l’ouest, à 11 h 53 en langage militaire. Une seule conclusion s’impose. Une seule.

Ce matin, mon nombril penche à gauche.

Ma symétrie n’est plus.

***

En espérant que ce début vous ait donné envie de lire le reste ;)